IMG_0721Florence dira que je raconte seulement des histoires où je suis en train d'attendre. Je choisis généralement celles qui sont amusantes. Mais quand c'est trop, c'est trop. Dois-je raconter même quand ce n'est pas drôle du tout ? Lorsque je me perds grâce à mon super GPS qui n'est capable que de me parler comme si j'étais une triple andouille et de m'envoyer à l'opposé de là où je veux aller ? Lorsque je reste collée à la maison dans l'espoir de voir arriver une imprimante qui est censée être là depuis un mois ? Et quand je me fais un sang d'encre parce que Minou est parti faire de la bicyclette sans prévenir et qu'il rentre à point d'heure ? Ou bien encore, quand je sèche lamentablement pour terminer un document ultra-important qui doit partir bientôt et sur lequel je dois plancher sur la précarité ? Je suis dehors là, face à mon verre de rouge et un petit ordinateur tout neuf. De quoi donc me plaindre ? Que je continue à travailler sans être payée ? Que je sais ce qu'est la précarité même si je ne manque de rien ? Jusqu'à présent. Mes amis s'inquiètent pour mon avenir, je les rassure mais en fait, je flippe. Je ne dis rien aux enfants. Minou n'aime pas l'école et veux partir en France. Bolide bosse comme un fou et ne veut à aucun prix quitter ses amis. Ils ont des bonnes notes mais l'ambiance y est rude. Je m'y implique comme je peux dans un tas d'actions bénévoles (évidemment). Je suis présente à presque toutes leurs activités extra-scolaires, je suis l'instigatrice d'un beau-gros réseau de recherche, je coordonne un ouvrage collectif de vulgarisation scientifique, un article attend (oui, lui aussi) mes dernières mises au point, je prépare une conférence et tous mes CV ont été rejetés. Grrr. Je laisse faire, j'attends. C'est aussi bien ainsi. Mais dois-je dire que je m'énerve plus qu'à mon tour ? Que je crie plus fort que je ne devrais. Mes amis, toujours, me rassure (à chacun son tour) : c'est normal. En fait, ce qui m'importe le plus, c'est bien cela : Minou, Bolide et mes amis. Avec eux, je peux vivre n'importe où et dans n'importe quelle conditions... Ou presque. Je fais comme me l'a enseigné mon père, je mets de côté ce que je peux, comme un écureuil bien consciencieux. Qui sait que sera demain ? Une imprimante entre deux rendez-vous inamovibles ? Je rêve ! C'est peu, c'est déjà beaucoup !