2-charlot

Petit déjeuner avec le moteur d’un frigidaire industriel et l’éternelle téloche espagnole en bruit de fond. Je suis seule, 7h30. Tout le monde dort encore, ronfle d’ailleurs. Nuit sympa à donner des coups de coude à ma voisine de chambrée. Hier, 500 bornes sur autoroute avec la crainte de se faire voler nos affaires. Les histoires de braquages pullulent : on vous arrête sur la route, genre flics en civil ou gentils gars qui vous signifient un pneu crevé, et hop, plus de sac dès qu’on ouvre naïvement la portière. Aux stations services même ambiance : fenêtres cassées pour piquer le téléphone ou le GPS, voire le porte monnaie qu’on aurait malencontreusement laissé en évidence. Bref, on a voyagé avec les sacs sous les sièges durant le trajet et sur le dos à chaque fois qu’on va faire pipi. Très pratique. En fait, en dehors de cette gymnastique fastidieuse, on a voyagé tranquille (jusqu’à présent).

Aujourd’hui, musée puis route, en France cette fois. Je suis excitée. Trop de travail en retard et pourtant j’en fais bien plus que mon contrat ne l’exige. J’aime ça, du moins je suppose. J’aime le travail bien fait, le plaisir du regard des autres quand ils sont satisfaits, avoir mes petites affaires bien rangées (je ne le répèterais jamais assez, c’est mon dada) : courriels, dossiers électroniques, paperasse, idées, projets, gens. Non, là, c’est trop. J’observe le b… des gens. Autre dada de chercheur en goguette : comment les gens se débrouillent de l’action collective. Je navigue. Avec un plaisir légèrement mitigé par la complexité des situations : fatigue des collègues qui attendent un merci de leurs chefs depuis vingt ans, autres collègues désemparés et devenant méchants, autres encore déboussolés par cette méchanceté et pleurant à cause du travail. Cela n’arrive qu’en France. Contexte de suicides pour cause de harcèlement professionnel, fausses dénonciations profitant de cette ambiance délétère, mauvaise appréciation des actions à mener en conséquence, y’a du boulot et ça ne devrait pas être le mien. Comment fermer les yeux toutefois ?

Ah y’est les touristes débarquent pour le petit déjeuner. Les miens, les ronfleurs, dorment toujours. Y’a pas de justice. Maintenant c’est la machine à café industrielle et le va et vient des chalands espagnols (jamais entendu un espagnol parler doucement) qui bercent ma concentration. M’en fout. Ma nouvelle maison s’est préparée toute seule à m’accueillir, c’est plutôt cool : peinture faite, lumières posées, chiottes réparés et cuisinière branchée, vive les maisons intelligentes ! Grâce à mon gardien. J’allais dire ange gardien. Serais-je mystique ? Non, juste constatant l’évidence : tout ce que je touche en ce moment porte ses fruits (sauf le changement d’adresse sur mon forfait téléphonique). Pratiquement tous les soucis matériels sont réglés. J’étais prête à refiler mes anges gardiens aux plus malchanceux quand ces histoires de dénonciation et de colère de mes collègues tombent dans ma boîte aux lettres. Oui, pour le moment, c’est mon courriel qui prend. Ça percole plus ou moins bien dans mon esprit-corps-âme (coche la bonne réponse) toujours branché. Grrr, plus de saucisson, razzia des touristes, voilà ce que c’est d’écrire au lieu de manger !

Devrais-je aussi raconter que mes cartons de déménagement sont parfaits et font le bonheur des manutentionnaires ? Mais moi, je n’ai plus rien à me mettre avant trois jours. C’est ce qu’on appelle de l’organisation poulette !

ps : l'ange gardien, pour le lecteur sceptique et lucide, porte aussi le nom de mes amis. N'empêche, pourquoi sont-ils toujours là au bon moment ?